Textes

François-Thibaut Pencenat travaille par effacement et déplacement, il met ainsi à l’épreuve la mémoire des images. Ou plutôt, il met en évidence les réminiscences de l’image par rapport à la mémoire collective. Ne subsiste que quelques fragments d’un point de départ tel un vague souvenir, l’esprit recompose inconsciemment ce qui a disparu ou à été altéré. Ce qui est caché revient, créant un effet d’enfermement.
François-Thibaut au travers de ses vidéos, photographies et installations, travaille sur l’idée de mise en scène, il instaure un rapport entre le réel et la fiction. Ses images sont travaillées, épuisées, le lieu dans lequel se tiennent les œuvres également, il est parfois même mis en abîme comme le reflet de lui-même. Il y a bel et bien la volonté chez François-Thibaut de créer un brouillage entre l’espace de représentation et l’espace de monstration. Nous n’interagissons alors plus directement avec le lieu mais avec des œuvres qui mettent en évidence les caractéristiques du lieu dans lequel elles prennent place et que finalement elles s’approprient. Ses œuvres à la facture minimale et très précise sont en quelque sorte réfractaires ou hermétiques, mais par le jeu de la mise en scène de François-Thibaut un dialogue s’instaure entre-elles et crée une narration dont il n’est pas possible d’en saisir le sens. Un ensemble d’œuvres qui montre tout en cachant, qui ne se livre que petit à petit, qui absorbe et qui joue sur les oppositions présence/absence, montrer/cacher, avant/après.
Le regardeur se sentira perdu dans un entre-temps, il n’y a ni commencement ni fin  ; perdu dans un espace conçu comme un tout et pourtant fragmenté. Yann Pérol.

 

 

En jouant avec les images, les formes, les matériaux, la lumière et l’espace d’exposition, François-Thibaut Pencenat compose un ensemble d’oeuvres troublantes. Dans l’ensemble des productions de l’artiste, l’attention et la perception du spectateur se heurtent systématiquement à une limite, intangible, que ce premier appréhende sciemment. Que cette limite se trouve à cheval entre l’espace physique et l’immatériel, entre le monde réel et l’imaginaire, entre le sacré et l’ordinaire, ou bien entre le conscient et l’inconscient, elle oscille, évanescente, fuyante, entropique. Comme si la mémoire n’était que la somme de réminiscences fragmentées, comme si l’esprit était soumis à l’autorité de l’inconscient, comme si la perception n’était qu’une porte d’entrée vers une subjectivation infinie. Les oeuvres de François-Thibaut Pencenat agissent ainsi comme des prismes qui se situent dans cet entre-deux d’un réel donné et de sa transposition mentale, où la fiction et la projection du spectateur deviennent nécessaire au colmatage d’une vérité complexe. En voilant et dévoilant sans cesse, celles-ci rendent singulièrement sensible notre impuissance à appréhender totalement le réel. Laurent Pernot.

 

 

François-Thibaut Pencenat réalise des sculptures, installations, vidéos qui cherchent toujours une interaction avec le spectateur dans son environnement immédiat. Ainsi, par l’usage de matériaux sensibles et en privilégiant le fait-main, il cherche à faire évoluer le spectateur vers un rêverie tout en reprenant des formes épurées. S’il est possible de parler d’inspiration minimaliste chez l’artiste, il s’agirait plutôt d’un minimalisme sentimental : une cimaise est cachée par un lourd rideau de théâtre, une colonne austère cache une vasque polie, et le néon, apanage des sculptures minimales, est désormais recouvert de gélatine qui en adoucit la lumière. Intéressé par la notion d’hétérotopie propre à Michel Foucault, il conçoit des oeuvres où intérieur et extérieur se confondent, où les espaces se déforment, rétrécissent ou se dédoublent : c’est une vitrine de galerie dans laquelle il choisit de présenter la vitrine de ladite galerie en miniature, une boîte qui n’est autre que l’espace où nous nous trouvons, au fond de laquelle est projetée une vidéo de l’artiste faisant les cent pas dans l’atelier, ou encore un miroir photographique placé dans une pièce encombrée. Les oeuvres de François-Thibaut Pencenat cherchent à semer un trouble perceptif chez le spectateur : pas un malaise, mais une légère inquiétude devant des matériaux et des mises en scènes qui perturbent nos espaces. Camille Paulhan.